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Interview exclusive de Jean-Paul Jennequin

Jean-Paul Jennequin est une pointure dans le monde du comics en France. Longtemps traducteur des titres Disney, ses connaissances encyclopédiques en matière de bande dessinée, anglo-saxonne ou non, lui ont valu de nombreux postes au sein des différents éditeurs: rédacteur pour Marvel France, directeur de collection chez Bethy, rédacteur et traducteur aux débuts de Dino, ... Et si Jean-Paul se prête aussi parfois à la création, tant pour le scénario que le dessin, il est avant tout un excellent traducteur, notamment pour Delcourt, et il s'est ainsi occupé dernièrement des 500 pages de l'énorme From Hell d'Alan Moore et Eddie Campbell.
Je tiens à remercier Christian Marmonnier, animateur de l'émission Bulles Noires sur radio Libertaire, et journaliste de Comics World, ainsi que mon Prof de Maths, Monsieur Nicolas Choquet, qui m'ont permis d'assister à l'émission ; et bien évidemment Jean-Paul Jennequin, qui a bien voulu se prêter à cette longue interview.

 

DarkßeÑ: On va commencer avec le thème qui nous a occupé ici: From Hell. Vous travaillez chez Delcourt en tant que traducteur depuis quelques années: vous vous êtes occupés des Black Hole, Hellboy, Swamp Thing, ... Mais avec From Hell c'est un travail d'une toute autre dimension, n'est-ce pas?

Jean-Paul Jennequin: Oui, et c'est là qu'on regrette un petit peu de devoir travailler un peu dans l'urgence. En BD on travaille souvent dans l'urgence, et c'est un regret: c'est-à-dire qu'on aimerait pouvoir passer plus de temps, peut-être prendre deux mois de plus, et puis surtout pouvoir le faire à plein temps, ce que la plupart des traducteurs de littérature peuvent faire, alors qu'en BD c'est très difficile pour des raisons économiques. Mais en même temps, c'est très exaltant pour un traducteur, parce que là ça pose vraiment des problèmes qu'il est intéressant de chercher à résoudre.

Pour ma part, j'ai eu de plutôt bons échos, et j'ai vraiment pris du plaisir à lire ce ... ce livre, si je peux me permettre. Mais avec les dizaines de lecteurs relativement fanatiques d'Alan Moore, s'attaquer à une telle œuvre était plutôt risqué. Certains devaient vous attendre au tournant, non?

Oui mais bon, ... Ça d'un autre côté, c'est inévitable. J'ai déjà eu des remarques pour des traductions, et jusqu'à maintenant, sur toutes les remarques que j'ai pu avoir en négatif sur des traductions, une seule fois j'ai pu avoir un écho d'une personne qui m'expliquait pourquoi il n'avait pas trouvé bien tel aspect, et en fait, qui était capable de m'expliquer et d'argumenter: j'ai trouvé que c'était juste, et j'en ai tenu compte. Pour le reste, c'est le coup de pied de l'âne, c'est-à-dire, au détour d'un article, d'une phrase, on se prend une remarque désobligeante sur la manière dont on aurait mal traduit tel truc, et quand on voit que le type qui a écrit la critique ne parle pas Anglais, on se dit: "Mais sur quoi il se base pour dire ça?!" Alors on aimerait que ce soit un peu plus développé, et comme c'est pas possible, on est obligé de pas en tenir compte. Donc moi je suis tout-à-fait d'accord sur le fait que la traduction est un travail personnel: un autre traducteur n'aurait pas traduit From Hell comme moi, mais bon, il s'est trouvé que c'était moi, alors dommage pour les autres! [rires]

Justement: dans votre travail de traduction, vous vous attachez à coller de très près au texte original, ou bien vous vous permettez de placer une petite touche personnelle?

Avec Alan Moore, je me fais un devoir d'essayer de coller de très près au texte original, parce que Alan Moore a une langue assez écrite, et que dans son cas, chaque mot a son importance. Alors ceci dit, on est limité par la place, mais on y arrive assez bien en général. Je fais vraiment un effort pour ne pas trop m'écarter de l'original, ce que je ne fais pas toujours: il y a d'autres auteurs avec lesquels je peux me permettre d'avoir un peu plus de distance.

Et puis, pour conclure sur ce sujet, et puis par simple curiosité: combien de temps cela vous a-t-il pris pour traduire tout le recueil, les annexes [40 pages de texte pur!] comprises?

Ben en fait, ça a pris trop de temps! [rires] C'est-à-dire que en tout et pour tout, j'ai dû y passer cinq mois, mais pas à temps complet, ce qui fait qu'à la fin on était à court de temps pour les annexes, et j'ai du demandé à mon ami François Peneaud, de venir m'aider à traduire les 20 dernières pages d’annexe, parce que là on était vraiment à quelques jours près et on y arrivait plus.

On va rester encore un petit peu chez Delcourt: un troisième tome d'Hellboy sort prochainement, de même pour Black Hole je crois, mais Swamp Thing ...

Ben Swamp Thing, de même que Adrian Tomine [auteur des Yeux à vifs], ont été victimes de ventes insuffisantes: ça aussi ça existe pour un éditeur: il faut quand même un minimum. On peut pas gagner à tous les coups. C'est toujours un peu triste, en particulier pour Swamp Thing. Dans le cas de Tomine, les éditions Rackam vont semble-t-il reprendre la publication de ses bouquins, alors peut-être qu'il y aura un autre éditeur pour reprendre Swamp Thing à terme: ça serait quand même bien que ça finisse par paraître en français un jour... Bon, moi en tant que traducteur là-dedans, je ne peux qu'encourager les éditeurs à persister, mais eux après, il font leurs comptes!

Pour ce qui est de l'avenir, vous avez encore d'autres projets en cours chez ce même éditeur? Et Delcourt va-t-il continuer son travail d'édition et réédition des différents travaux d'Alan Moore?

Pour ce qui est de la politique de Delcourt en ce qui concerne Alan Moore, moi je ne peux pas vraiment dire: j'ai proposé de finir de traduire Miracleman, j'espère toujours que ça se fera. Sinon, j'ai récemment traduit pour Delcourt un bouquin de Will Eisner: Mon Dernier Jour au Viêt-nam, et je dois en traduire un autre: Minor Miracles [Petits Miracles]. Ça c'est un grand plaisir pour un traducteur de traduire un auteur qu'on a lu quand on était vraiment jeune, puisque j'ai lu du Eisner quand j'avais 14-15 ans. Mais sinon, je ne traduis pas que chez Delcourt, je traduis aussi d'autres choses très intéressantes...

Alors justement, il n'y a encore pas si longtemps, vous étiez Directeur de Collection chez Bethy, mais cette maison a subitement disparu du marché. Qu'est-ce qui explique exactement cette disparition soudaine?

En fait elle n'a pas subitement disparu, elle est morte d'une longue agonie, comme la plupart des maisons d'édition ; c'est-à-dire qu'au bout d'un moment, il n'y a plus suffisamment de rentrées pour continuer de sortir des livres. Et donc pendant un moment l'éditeur a essayé de rassembler, de recapitaliser sa maison d'édition: il n'y est pas parvenu dans des conditions suffisamment bonnes, et donc il a été obligé, à terme, de jeter l'éponge il y a six mois environ, et il y eu un dépôt de bilan. Alors par contre, ce qu'il se passe, c'est que le responsable des éditions Bethy, Didier Pasamonik, devient ces jours-ci directeur de publication aux Editions Vertige Graphics, et donc il va essayer de continuer au moins une partie de la politique d'édition de Bethy chez Vertige Graphics, et certains des bouquins qui étaient annoncés chez Bethy vont paraître chez Vertige Graphics prochainement.

Miracleman et Crisis on Infinite Earths?

Alors malheureusement, ni l'un ni l'autre, ... Par contre on va essayer de continuer (je dis on parce que je suis toujours en relation avec ça) les Kirby, ce qui est quand même assez important, et puis paraîtront également la suite de Bitchy Bitch de Roberta Gregory, qui est quand même quelque chose de très très bien, et d'autre part un bouquin qui pour moi est de l'importance de Maus, et qui s'appelle en Anglais: Stuck Rubber Baby, en Français: Un Monde de Différence, par Howard Cruse, qui est un très très important bouquin paru en 94 aux Etats-Unis chez DC Comics: cela parle de l'évolution et du passage à l'âge adulte d'un jeune homme dans le Sud des Etats-Unis au début des années 60: il prend conscience d'une part de son homosexualité, et d'autre part de la lutte de la communauté noire pour les droits civiques dans laquelle il va s'impliquer, et à travers la force qu'il va se découvrir dans cette lutte, il va avoir la force d'assumer son homosexualité. Donc c'est un très beau bouquin, et ça aurait été dommage qu'il ne parût pas.

Sinon, depuis moins de six mois, vous vous êtes lancés dans une nouvelle aventure avec Dino France. Le fait que Jean-Paul Jennequin, considéré par certains comme le spécialiste français n°1 en matière de BD anglo-saxonne se lance dans les Simpsons, et surtout Digimon, en a beaucoup déçu je crois! Mais c'est un certain retour aux origines quand on sait que vous avez travaillé pour les revues Disney comme Picsou Magazine dans le ...

Oui mais non non non! Attendez, attendez, attendez... Je place les choses dans leur contexte: d'abord pour moi Dino France c'est déjà du passé, puisque ça fait deux ou trois mois que je n'y travaille plus. C'est-à-dire que j'avais accepté de les aider à faire le lancement. Moi ça ne me paraît pas du tout contradictoire de travailler sur les Simpsons ; par contre Digimon, ça on me l'a un peu imposé: même si j'ai regardé les dessins animés, et les ai trouvé sympa, bon, j'avais pas spécialement au départ signé pour faire Digimon. Quand aux Simpsons, ça a un peu été une déception pour moi, parce que j'espérais pouvoir faire un vrai travail rédactionnel là-dessus, avoir l'occasion de travailler vraiment dans la presse populaire, quelque chose que j'avais envie de faire ; et ça ne s'est pas révélé possible, parce que la compagnie qui édite les Simpsons aux Etats-Unis [Bongo Comics] exerce un contrôle assez draconien sur sa propriété, ce qui est bien, parce que cela évite qu'on fasse n'importe quoi avec, mais ça évite malheureusement aussi qu'on puisse prendre trop d'initiatives, et donc toutes celles que je souhaitais prendre n'ont pas été acceptées, donc j'ai préféré jeter l'éponge. Par contre, je continue, depuis des années à traduire du Disney. J'en suis très fier, parce que je traduis Carl Barks, et Don Rosa, qui sont de très grands auteurs de bande dessinée: Carl Barks, qui vient de s'éteindre à l'âge de 99 ans, est un des grands maîtres de la bande dessinée aux Etats-Unis, c'est le créateur de Picsou, de Gontran Bonheur, de Géo Trouvetou, c'est lui qui a créé l'organisation des Castors Junior, les Rapetou, etc. Chaque fois que je traduis une de ses histoires, je suis encore sidéré par les qualités de ses scénarios, d'écriture, de graphisme de cet auteur. Je suis fier, aussi fier au moins de traduire Carl Barks, que de traduire Alan Moore, et je vois pas du tout en quoi, le fait de traduire ces auteurs de BD populaire, mais qui sont des vrais auteurs, comme il y a eu une politique d'auteurs au cinéma mise en avant par des critiques comme François Truffaud, à l'époque où il était encore critique ; je veux dire: il y a également des auteurs en bande dessinée qui travaillent dans la bande dessinée populaire, et qui ont pu imposer une œuvre d'auteur dans la bande dessinée populaire: Carl Barks en fait partie, et l'un de ses successeurs, Don Rosa, fait un travail absolument extraordinaire encore aujourd'hui, et je dirais que les gens qui ne lisent pas Picsou Magazine, parce que c'est des histoires de canard et qu'ils pensent que c'est pour les gosses [rires] sont des idiots, parce que s'ils aiment des histoires d'humour classiques, d'aventure humoristique, etc. , bien construites, bien foutues, avec de vrais personnages, un véritable univers, un sens du rythme extraordinaire, etc. il faut lire ça quoi! Moi, je suis abasourdi quand des gens me disent "Ah, vous êtes tombé bien bas en traduisant les Simpsons ou en faisant du Picsou! Je veux dire, je traduis aussi de la BD porno: je traduis dans Geisha les œuvres d'un auteur italien qui s'appelle Baldazzini, et ce type est formidable: il fait des séries avec un graphisme qui rappelle un peu le dessinateur français Walter Minus, ça a un côté très ligne claire, et en même temps au niveau de la mise-en-page, c'est beaucoup plus ouvert, beaucoup plus influencé par la BD américaine ou japonaise, et ce type-là, Baldazzini, fait de l'érotisme et de la pornographie d'une manière vraiment étonnante, inventive, sympathique ; j'ai traduit un album de lui qui s'appelle Chiara Robsenberg, qui est vraiment un album érotique, porno même, et en même temps l'histoire d'un couple tout à fait peu conventionnel: une femme qui s'appelle donc Chiara Robsenberg, et son mari, qui ont une relation d'un type sadomasochiste, et en même temps, ce sont des gens qui s'aiment profondément, et c'est vraiment intéressant la manière dont cette histoire est racontée. Donc moi j'estime que ce qui est important dans la bande dessinée, comme dans n'importe quel art, c'est les qualités qu'on y met, c'est pas le genre dans lequel on travaille!

OK! Et bien j’avais donc d'autres questions sur Dino, mais vous pourrez peut-être pas y répondre. C'était déjà savoir si un site était en préparation.

On parlait du site à l'époque où j'y étais, donc je pense que c'est qu'une question de temps pour que ça arrive, parce que déjà l'éditeur allemand a un site. Donc je pense que ça va arriver tôt ou tard ; çà arrivera certainement plus vite si les gens qui attendent le site se manifestent auprès de Dino pour dire: "Alors! Ça arrive quand!?!". [rires]

Et le Simpson # 0, il n'y a vraiment aucun moyen de le récupérer?

Je sais même plus... Déjà à l'époque où j'y étais, il est très vite parti, et à l'heure qu'il est il doit plus en rester, vraiment ...

Et est-ce qu'il y a d'autres projets prévus pour l'avenir? Il y a des rumeurs qui parlent de réadaptations de dessins animés du Club Dorothée ; et la traduction de Futurama semble assez prévisible.

Oui alors pour la traduction de Futurama on en parlait déjà à l'époque où j'étais encore en relation avec Dino. Le problème, c'est que l'éditeur voulait qu'on attende an et demi avant de commencer le comic-book en Français, ou en n'importe quelle langue étrangère, pour éviter de rattraper la version américaine comme ça s'est fait pour la version allemande des Simpsons. Et donc, on voulait éviter ce genre de problèmes.

Et de votre côté, des projets?

Ben moi personnellement en fait, je tiens à dire que outre les éditeurs pour lesquels je traduis et qui me payent, je traduis également pour des gens qui ne me payent pas, puisque je fais partie d'une association qui s'appelle La Comédie Illustrée *, et qui publie des jeunes auteurs, et j'ai traduit en particulier le travail de deux auteurs britanniques: Ian Carney et Woodrow Phoenix, un album qui s'appelle Sugar Buzz (en Français: Multivitaminé !), et dont un deuxième tome paraîtra en cours d'année. Et puis je traduis également un jeune auteur américain qui s'appelle Tom Hart, qui fait une série qui s'appelle Hutch Owen, le premier s'appelait Hutch Owen travaille dur, le deuxième qui paraît au moment d'Angoulême s'appelle Nouveaux Marchés, et c'est vraiment très très très intéressant. J'aide également aux traductions de jeunes auteurs américains dans une revue qui s'appelle Stereoscomic, qui paraît tous les ans au moment d'Angoulême, et qui mêle de jeunes auteurs américains et européens. Et puis je dessine aussi! [rires] Je fais également du scénario dans le Journal de Mickey toutes les semaines, le scénario d'une page de gags qui s'appelle Donald Speaks English, qui apprend l'Anglais à nos chères têtes blondes, en tout cas qui essaye de pas trop les emmerder à leur apprendre l'Anglais! [rires] Et puis j'écris et je dessine: d'une part j'ai auto-publié un livre qui s'appelle les Folles Nuits de Jonathan, et puis je prépare pour la Comédie Illustrée un petit bouquin humoristique: Votre Chien et Vous! Et puis je prépare également une BD pour le Stereoscomic numéro 3, j'étais dans les deux premiers numéros. Enfin bon, moi je m'intéresse à la BD sous toutes ses formes, donc je n'ai pas que des activités de traducteurs! [rires]

On va conclure avec vos goûts: au niveau comics, qu'est ce que vous lisez actuellement?

Alors au niveau comics, en mainstream, je suis assez concentré sur les séries d'Alan Moore, ceci dit, quand j'ai la possibilité, ça m'arrive assez régulièrement, je suis aussi The Auhority, Planetary, pas mal de titres DC que je lis de temps en temps parce que j'ai la possibilité d'en récupérer en service de presse [rires], donc je lis un peu ce qu'ils font, des fois je découvre des choses intéressantes, mais enfin bon... Marvel par contre: la dernière chose que j'ai lue, c'était Children of the Atom, la mini-série X-Men [en 100% Marvel ce mois-ci]. C'est vrai qu'il y a de moins en moins de choses qui m'intéressent. Alors par contre, chez les indépendants, j'aime beaucoup en ce moment Breakfast Afternoon de Andy Watson qui paraît chez Oni Press, je suis les dessinateurs comme James Kochalka, Tom Hart, j'ai été très impressionné par le David Boring de Daniel Clowes qui vient de sortir en bouquin. J'aime énormément de jeunes auteurs américains: Brian Ralph par exemple, Ron Regé Jr, toute une vague de jeunes auteurs, John Porcellino également, qui sont encore très peu connus chez nous, qui risquent de le rester d'ailleurs. Et je trouve ça extrêmement dommage parce que c'est une bande dessinée qui essaye de parler davantage de la vie quotidienne, des expériences de l'auteur, c'est disons une autre manière d'aborder la bande dessinée, plus personnelle, je dirais: c'est une autre manière d'être grand public, c'est-à-dire qu'on peut être grand public en essayant d'aborder des thèmes qui sont dans l'imaginaire collectif, c'est ce que fait Alan Moore, c'est ce que fait Kurt Busiek aussi (d'ailleurs je précisait que j'ai bien aimé aussi le Shockrockets chez Gorilla), mais en même temps on peut aussi être grand public en parlant des choses que tout le monde vit: c'est-à-dire sortir, aller poster son courrier, avoir du mal à se lever le matin, ... des choses comme ça. 'est toujours une manière d'être grand public, que j'apprécie énormément.

Et enfin, pour vous quel a été le monument de la Bande Dessinée du 20ème siècle?

Ah? Ah! Ouh-là! Peste! [rires] Ben le problème, c'est que comme la plupart des gens, je suis très peu à même de juger, parce que je connais bien la bande dessinée européenne, je connais bien maintenant je peux dire, la bande dessinée Nord-américaine-anglophone, mais en matière de bande dessinée japonaise, je ne connais pas tout. Alors je suis en train d’apprendre le japonais, mais je ne suis pas encore en mesure de lire tout ce que j'aurais envie de lire. Je pense que quand on aura vraiment tout traduit de Tezuka (Astro Boy, ...), on sera peut-être mieux à même de juger de qui est le monument de la bande dessinée du XXème siècle. Pour le moment, le peu que j'ai lu de Tezuka me fait pencher vers lui, mais il y a peut-être des géants de la BD japonaise qu'on ne connaît pas encore. Et puis il y a encore des domaines géographiques qu'on connaît mal: je pense à la BD Argentine, à la BD mexicaine qui est très mal connue ; beaucoup plus près de chez nous, la BD néerlandaise: Marten Toonder par exemple est un très très grand auteur, et j'ai appris le néerlandais uniquement pour pouvoir le lire, c'est pour dire! Et puis plein d'autres choses! En plus il y a des pays qui sont en plein développement en matière de BD, et qui continuent de faire des choses intéressantes: l'Espagne, l'Allemagne, la Scandinavie, ... Et puis sait-on jamais, peut-être que les malheureux pays de l'Est opprimés par le totalitarisme, et qui n'avaient pas le droit de lire de bandes dessinées, vont peut-être découvrir la bande dessinée, et peut-être qu'on va voir arriver toute une génération d'auteurs Russes, Tchèques ou Polonais d'ici quelque temps. Donc, ... Bon là, on est dans le futur, on est déjà dans le 21ème siècle, mais pour le 20ème siècle, c'est encore très très dur de faire un bilan, parce que toutes les pièces du puzzle ne sont pas encore disponibles, et j'aimerais bien qu'elles le soient.

 

* La Comédie Illsutrée: 10 rue du petit Saint-Martin, 37000 Tours

 

Interview réalisée par DarkßeÑ le 13 Janvier à Paris.