PRESENTATION DE TITRE
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Retour au Sommaire du Dossier Vertigo
100 BULLETS, par Cyrill
100 Bullets, le
dernier succès en date de Vertigo est une série à part, surprenante, et
réalisée par un duo impressionnant : Brian Azzarello et Eduardo Risso,
deux des rares découvertes de ces dernières années. 100 Bullets marque
le retour en force des " crime-comics ", mais sous une forme
définitivement moderne : ici, point de flics ni d’enquêtes, mais une
accentuation sur les personnages, de vrais humains fragiles et extrêmement bien
écrits, avec leurs forces et leurs faiblesses.
Une
vague de " crime-comics " s’est développée de manière
importante ces dernières années, notamment à travers la nouvelle superstar qu’est
devenu Brian Michael Bendis ou, de manière plus confidentielle, par l’excellent
Davis Lapham, dont le Stray Bullets est un sommet du genre. Vertigo s’y
est déjà attelé à travers la mini-série Scene of the crime, ou à
travers l’anthologie Gangland, liée aux mini-séries Human Target
et Johnny Double, réutilisant toutes deux des personnages Vertigo
inutilisés depuis des années. Johnny Double est la première
collaboration entre Azzarello et Risso (et la première histoire longue du
scénariste) et le duo semble d’emblée fonctionner.
Le
concept générique de la série est particulier et à plus d’un titre
intéressant : un mystérieux personnage nommé Agent Graves propose à
différentes personnes la possibilité de se venger de celui ou celle qui a
détruit sa vie, en tuant sa famille, en le décridibilisant grâce à des
photos pornos pédophiles, en le chargeant d’un crime, …Graves offre les
preuves accablant le coupable, une arme et 100 balles intraçables, et –
surtout – l’assurance de l’immunité la plus totale.
Aussi,
chaque arc est indépendant, focalisant sur le personnage contacté par Graves,
et tout ce que cette situation implique. Mais à travers ces histoires
indépendantes se dégage progressivement une histoire générale : qui est
Graves ? Pourquoi fait-il ceci ? … Un grand complot est à l’œuvre,
mais celui-ci semble plus intelligent et ouvert que la plupart des poncifs du
genre (X-Files, Planetary, …), et n’empêche aucunement au
lecteur de se focaliser sur les histoires indépendantes (même si les lecteurs
peuvent avoir la surprise de voir revenir certains personnages). La série
fonctionne donc un peu comme les anthologies d’horreurs EC, ou même les Spirit
de Will Eisner, l’Agent Graves jouant ici le rôle du Spirit ou des trois
sorcières.
AZZARELLO
/ RISSO (et JOHNSON sur les couvertures) :
Brian
Azzarello n’écrit des comics que depuis très peu, en fait depuis son mariage
avec l’illustratrice Jill Thompson (Sandman, Invisibles et
surtout Scary GodMother). Ses premiers travaux sont des histoires courtes
pour les anthologies Vertigo (Gangland, Heart Throb, Weird War
Tales, ...) illustrées par James Romberger ou Tim Bradstreet. Mais c’est Johnny
Double qui marque son talent et lui permet de lancer son projet personnel, 100
Bullets. Il est ensuite nommé pour remplacer Warren Ellis sur Hellblazer,
avec l’excellent artiste argentin, Marcelo Frusin. Mais tous les éditeurs l’ont
remarqué, et il enchaîne des projets plus " mainstream " :
une histoire courte de Batman (avec Risso), une mini-série Batman /
Deathblow pour Wildstorm (illustrée par Lee Bermejo et encrée par Tim
Bradstreet, à paraître), une mini-série Hulk (illustrée par le dieu
vivant Richard Corben, à paraître) et d’autres projets en chantier (les
rumeurs le donnent futur auteur de The Authority, The Darkness et Spiderman :
Tangled Web).
Azzarello
a une écriture unique, ne se rapportant à aucun auteur particulier ; il
se distingue par ses dialogues "hardboiled " que Miller ou
Chaykin ne renieraient pas, mais avec plus de subtilité et de vérité
"urbaine " que ceux-ci (la lecture en VO est à ce titre
absolument jouissive). Il construit ses histoires avec une intelligence et
un souci de perfection rare, et ces histoires sortent justement des sentiers
battus. Le final de chaque histoire reste fort, surprenant et dérangeant.
Risso
est un artiste argentin qui a déjà une carrière internationale en place, à
travers différents projets publiés en Europe, notamment avec la superstar des
scénaristes sud-américains, Carlos Trillo (la célèbre saga Fùlu,
entre autres). Mais sa carrière américaine se résume à ses travaux chez
Vertigo et une Graphic Novel Alien pour Dark Horse. C’est tout
simplement un des artistes majeurs du moment, l’un des rares à savoir imposer
un style vraiment personnel tout en ayant une formidable maîtrise du "
langage BD ", dans la droite lignée de Eisner ou de Steranko
(encore). Outre les noms déjà cités, il est à noter une forte influence de
Tardi, principalement dans ses premiers travaux.
Risso
arrive à inclure des éléments de la caricature ou du visuel " graph "
dans un ensemble qui se veut réaliste. Il construit par exemple les visages de
ses personnages de façon très différente (fait assez rare pour être
remarqué), autant dans l’abondance de détails que dans une logique "
ligne claire " ou dans un travail très " designé ".
Les
couleurs de Grant Goleash sont particulièrement subtiles et arrivent à ne pas
dénaturer le style de Risso (style plus adapté au noir et blanc), mais
celui-ci quitte la série au début de la seconde année.
Même
s’ils ne se sont jamais rencontrés (outre la distance entre Buenos Air et
Chicago, Risso a paraît-il un anglais déplorable), le duo fonctionne comme peu
l’ont fait, et donne l’impression qu’une seule personne réalise le titre
(le fait que Risso soit de ceux qui arrivent à dessiner et encrer 22 pages par
mois accentue cette impression).
Dave
Johnson, qui a arrêté les comics ces derniers temps, réalise d’excellentes
couvertures, dans l’esprit des films de genre des 70’s (même si une fois
encore, on pense aussi aux couvertures de SHIELD que Steranko
produisait), confirmant la place des " cover artists " chez
Vertigo (Bisley, McKean, Bolland, Fabry, …).
LE
TON, LE STYLE :
Le
style de la série est fondamentalement impliqué dans la réalité urbaine
moderne, même si les clichés des polars sont toujours présents. On pense
évidemment aux classiques, Steranko, Miller ou Chaykin, mais les auteurs
imposent dès le début leur voix propre, ce qui est assez rare dans le
comicworld actuel.
Les
personnages ne sont pas des héros classiques, mais des losers, des petits
truands, des junkies ou des malades du jeu ; des personnages forts, voire
attachants, malgré leur utilisation réduite dans le temps. Lee Dolan (le
héros de la seconde histoire " Shot, Water Back ") par exemple,
que nous ne reverrons sans doute jamais, est terriblement humain, un de ces
personnages pour qui les fans éprouvent un réel attachement. Il y a aussi une
réelle présence de personnages féminins majeurs, tel Dizzy, l’héroïne de
la première histoire.
Il
est cependant impossible de rentrer dans les détails sans gâcher une grande
partie du plaisir que produit la lecture de ce petit chef d’œuvre.
Derrière
l’histoire centrale et l’intrigue générale, on peut voir de subtils
sous-entendus sociologiques, notamment dans le premier arc, où la vie de la
communauté hispanique, notamment la place des femmes à l’intérieur de cette
communauté, est très documentée et touchante, à travers quelques dialogues,
parfois illisibles en tant que tels (des lecteurs américains eux-mêmes
avouaient avoir eu des problèmes à lire l’argot particulier, retranscription
écrite d’un langage parlé).
La
série, déjà forte de plus de 20 numéros, n’a pas encore marqué de faux
pas et est sensé durer 100 numéros. Outre le fait d’être excellente et de
nous présenter deux créateurs possédant un vrai talent, elle nous laisse
croire que Vertigo n’est pas mort et que le comic peut encore s’étendre en
dehors des histoires de super-héros et des systèmes maintes fois rabâchés.
Dossier Vertigo :
Article général: Historique, Présentation et Analyse du label. par Cyrill
Présentation de titre: 100 Bullets. par Cyrill
Présentation de titre: Human Target. par Cyrill
Présentation de titre: 100 Bullets. par Cyrill
Listing: Séries régulières. par Cyrill
Listing: One-Shots et séries limitées. par Cyrill